Inspecteur Honoraire de l'Education Nationale
"Instituteur remplaçant dans un premier poste près d'un puits de mine à Liévin, j'étais effaré que mes élèves, dont la plupart des pères travaillaient dans cette mine mitoyenne de l'école, n'avaient jamais pu visiter le « carreau de fosse » fermé par de solides barrières. J'étais aussi effaré de devoir leur faire faire des rédactions sur leurs vacances qu'ils avaient passées dans les corons ou sur l'automne dont il n'avait rien à dire et à écrire. Je décidai donc d'organiser une visite de cette fosse, au moins en surface, la descente étant évidemment interdite. La conseillère pédagogique contactée par le directeur effrayé est venue me l'interdire et m'a montré une leçon modèle de vocabulaire sur le jardin potager à partir de l'une de ces superbes images déjà jaunies que l'on voyait dans toutes les écoles. L'écoute des explications sur le râteau qui ratisse ou râtelle, la répétition des définitions qui transformait les enfants en murs, fermés sur eux-mêmes, incapables de répéter correctement ce langage étranger, m'interloquait. Comment pouvait-on s'obstiner à imposer des choses ayant si peu d'intérêt même si elles étaient dans les fiches pédagogiques du journal syndical et les répartitions du commerce? J'ai donc désobéi. Nous sommes allés voir le carreau de la mine en en ayant informé l'inspecteur par courrier et en ayant noté soigneusement au tableau où nous étions. Nous sommes aussi allés à la rencontre d'un jardinier et d'un fermier… Et les élèves ont parlé, écrit, lu, observé de la langue qui avait soudain pris du sens…. J'étais un désobéisseur." (...)
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