La violence d’État contre le père de famille angolais

Article paru le 9 avril 2010 dans l’Humanité

La préfecture du Rhône s’acharne. Le ministère de l’Immigration s’entête. Et quand ils veulent sévir contre un père de famille coupable de ne pas avoir obtenu de titre de séjour, pas de quartier, plutôt une camisole de force et un passage à tabac. Hier, à 15 heures, Guilherme Hauka Azanga a été extrait du centre de rétention de Bobigny et conduit au Bourget pour être embarqué, seul, dans un avion privé. Pas de risque, cette fois, que passagers ou pilote ne viennent témoigner de conditions d’embarquement inhumaines…

Ni le préfet du Rhône, ni l’Ofpra, ni Éric Besson lui-même n’ont accepté de voir que cet homme n’a plus de famille en Angola, que sa première femme est morte, que ses premiers enfants vivent dans un autre pays, et que sa vie est en danger dans son pays d’origine. Peu leur importe que l’absence du compagnon de Florence puisse conduire quatre enfants à la DDASS, qu’on les traumatise en braquant des pistolets sous leur nez au petit matin et qu’aujourd’hui ils n’aient plus de père… Le ministère a choisi un avion spécial, parce que, mercredi soir, à nouveau, un pilote s’est opposé à l’expulsion de Guilherme. « Mercredi après-midi, racontait-il hier matin, la police m’a menotté, les mains dans le dos, au centre de rétention de Lyon, m’a conduit à Bron dans un grand déploiement de police et m’a embarqué à bord d’un jet privé pour le Bourget. Je n’ai rien pu faire. De là, on m’a conduit à Roissy où j’ai eu tout le corps entravé, bouche comprise avec une sorte de muselière. La police m’a emporté à l’avion avant que les passagers n’arrivent. Mais le commandant de bord a dit, en me voyant, qu’il refusait d’embarquer quelqu’un dans ces conditions. Il n’a pas hésité. Finalement, l’avion est parti sans moi avec une heure et demie de retard et je suis arrivé à 4 h 30 au centre de rétention de Bobigny. Ici, on m’a dit que ma rétention prenait fin vendredi (aujourd’hui – NDLR) à 11 heures Je veux vivre avec mes enfants et ma compagne, à Lyon. Mais d’ici demain 11 heures, ils peuvent encore trouver un vol. » Ou en affréter un tout spécialement…

L’acharnement semble sans limite. Après un premier refus d’embarquement, Guilherme avait été condamné à deux mois de prison. Extrait de sa cellule à la fin de sa peine, il n’avait pas été libéré, mais emmené directement à l’aéroport. Pour échapper à l’expulsion, il s’était enduit de matières fécales. Et c’est enroulé dans une couverture puante que la police avait tenté de lui faire prendre, à l’escale de Francfort, un avion pour l’Angola. Résultat : refus du commandant de bord et retour au centre de rétention de Lyon. Libéré deux fois par le juge de la détention, il avait fallu deux appels de la préfecture pour l’y reconduire. La tentative d’expulsion avortée de mercredi aurait pu à nouveau le conduire devant la justice. Le ministère n’a même pas voulu prendre ce risque.

Emilie Rive

http://www.humanite.fr/article2764248,2764248