Par Thomas Legrand
“(…) Le problème n'est pas tellement la façon dont sont établis les classements. On l'a vu, les critères primaires sont pondérés, ça se tient, c'est subjectif, mais c'est certainement bien fait... le problème c'est simplement qu'il y ait classement. On pourrait se dire que c'est un élément de transparence, un élément d'information utile pour les usagers de ces services publics, mais en réalité cette habitude renforce les écarts. Parce que ce qui est exposé comme étant des différences de performances, un classement qualitatif, n'est rien d'autre qu'un tableau de l'inégalité de nos territoires et de notre société. Ce tableau n'est pas dressé pour revendiquer davantage de moyens pour les lycées à faible taux de réussite ni pour demander aux villes ou aux quartiers abritant les lycées champions d'augmenter le pourcentage de logements sociaux... Non, ce classement est destiné aux lecteurs qui s'en servent bien sûr pour décider où ils vont inscrire leur enfants. Les lecteurs, qui sont aussi des usagers de services publics, deviennent des clients à qui on donne les clefs pour choisir le meilleur produit éducatif. Ces classements sont donc un instrument qui accompagne le dézonage de fait, la fin de la carte scolaire par la débrouille des citoyens les plus informés qui sont aussi les plus aisés. C'est la mixité sociale qui souffre de cet excès de classement. Une pente qui valide le constat un peu désespérant que formule Albert Jacquard, selon lequel «par mille créneaux, notre société nous amène à croire que le moteur de la vie, c'est forcement la compétition».(…”)”
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