Par Christian Laval, sociologue, professeur à Paris X, chercheur à l’Institut de recherche de la FSU et membre du conseil scientifique d’ATTAC
Extrait :
“Deuxièmement, il est certainement légitime de dénoncer le sabotage de l’école publique organisé par la droite. Le secteur privé va en tirer parti. Mais la transformation programmée vise à modifier en profondeur le fonctionnement de l’école et sa finalité. L’aggravation délibérée de la crise de l’école participe d’une stratégie qu’ont analysée un certain nombre de chercheurs, à l’étranger d’abord, où le processus était plus avancé, et ensuite en France. La réduction des postes est un levier pour mieux assujettir les enseignants et transformer leur mission, leur statut, leur profession. Moins l’école ira bien, plus les familles seront mécontentes, et plus il sera possible de culpabiliser les enseignants, décrétés responsables des dysfonctionnements. Partant, il sera plus facile également de les « mettre sous tension » en alourdissant leur charge de travail et en leur imposant des formes plus fines et plus constantes de pouvoir et de contrôle sur leurs activités. Derrière la question des moyens, il y a la volonté de mettre en place des modes d’assujettissement dans le travail très comparables à ceux qui ont été diffusés dans les entreprises privées. C’est pourquoi, si l’on veut être cohérent à son tour, il ne suffit pas de dénoncer la suppression des postes, il faut aussi comprendre, pour mieux la combattre, la mutation managériale de l’école publique et les moyens qui sont employés aujourd’hui pour la mettre en place.” (…)
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