Les français pensent que…

Par Patrick Mignard

« LES FRANÇAIS PENSENT QUE ... »

“ Phrase « passe partout »,…expression magique, rituelle, dans la bouche des politiciens qui d’un seul coup, d’un seul, s’accaparent d’une pensée collective. Phase qui exprime leur fantasme : ils croient savoir et croient être les dépositaires d’une pensée. Phrase qui résume notre capitulation : on se laisse déposséder de notre parole, de notre pensée.

Cette phrase résume mieux qu’aucune autre les limites de ce que nous appelons la « démocratie ».

QU’EST-CE QU’UNE PENSEE COLLECTIVE ?

Peut-on parler de « pensée collective » ou d’ « unicité de la pensée » ?

La réponse est évidemment non,… Il est une spécificité de l’être humain d’avoir fondamentalement une autonomie de la pensée. Certes, la vie en société, les conditions de vie, de travail, entraînent ce que l’on pourrait qualifier de « convergences d’analyses », pouvant aboutir à un consensus. La division du travail, la segmentation du groupe en classes sociales a indubitablement entraîné une certaine conscience collective en fonction de la place dans la société,… ce que l’on a appelé une « conscience de classe ». Mais cette conscience de classe, et l’Histoire nous le montre, n’est pas synonyme d’unicité de la pensée. Cette conscience de classe, que l’on a investi au 19e siècle d’un pouvoir quasi mystique, est en grande partie hétérogène, fragmentée, incapable d’être un élément moteur en matière de changement. En effet, les esclaves de l’Antiquité, pas plus que les paysans au Moyen Age n’ont pris le pouvoir dans l’Histoire, pas plus que la classe ouvrière au moment de la révolution industrielle,… et par la suite.

Si l’on prend le cas de la classe ouvrière, et de manière générale de la « classe salariée », les courants contradictoires qui la traversent sont loin d’en faire une entité politique homogène… Les aléas et drames politiques du 20e siècle, et notre situation au 21e, en sont une parfaite illustration.

On comprend dès lors qu’il soit particulièrement osé et risqué, pour une personne ou un groupe de personnes, aussi subtiles et pertinentes soient-elles, de dire « Nous représentons les intérêts historiques des salariés »,… à moins d’en avoir une définition – des intérêts – aussi bien sur le plan tactique que stratégique, décrétée comme scientifique ( ?) et donc impossible à discuter !... On reconnaît là toutes les erreurs théoriques et les drames concrets des 19e et 20e siècle que certains voudraient nous (faire) inconsidérément rejouer. “ (…)

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