Grégoire Chamayou est philosophe, spécialisé en histoire des sciences autour des expériences sur les humains, auteur de « Les chasses à l’homme », La Fabrique éditions, 13 €.

“ Basta ! : Grégoire Chamayou, pourquoi retracer l’histoire de la chasse à l’homme depuis l’Antiquité ?
En raison de ce qui se passe aujourd’hui, sous nos yeux, et pas au cinéma. Lorsque Bush lance la guerre en Afghanistan, il invite les « nations qui aiment la liberté à se joindre à nous dans une chasse à l’homme internationale » [1]. Nous avons là un discours de guerre présentée comme une guerre-chasse, menée contre des ennemis de l’humanité réduits au rang de proies universelles. La réduction rhétorique de l’ennemi à une bête nuisible autorise la plus extrême violence, et ce en dehors des cadres classiques du droit de la guerre. Les opérations militaires ont, elles-mêmes, été théorisées par le Pentagone comme une traque plutôt qu’un duel. On a largué, par avion, des milliers d’affichettes « wanted » avec le montant des récompenses. Il s’agit d’une guerre cynégétique, où les civils sont tirés comme des lapins, depuis des hélicoptères.
Autre exemple, celui de la chasse aux travailleurs sans-papiers. Une traque étatique, organisée sur fond d’illégalisation des personnes et d’hyper exploitation salariale. On se souvient de cette femme chinoise qui se jette de sa fenêtre à Belleville pour fuir une descente de police ou de cet enfant qui fait une chute à Amiens, depuis un balcon, pour échapper à une arrestation. J’étais en train de finir ce livre quand les événements de Rosarno, en Italie, se sont produits : une partie de la population s’est munie de carabines et de barres de fer pour poursuivre les travailleurs saisonniers d’origine africaine. Moment inquiétant où, sur fond de crise sociale, la xénophobie d’État se trouvait relayée, dans la pratique, par des phénomènes de « chasse de meute », comme les appelait l’écrivain Elias Canetti. Ces exemples mettent en relief un genre de violence qu’il faut d’urgence essayer de penser, d’inscrire de manière critique dans l’histoire. “ (…)
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