par Jacqueline Risset
“ Il arrive qu'un pays depuis longtemps immobilisé et anesthésié par un pouvoir établi sur des piliers redoutables (médias déviés, mafias et autres pouvoirs occultes) se réveille et s'exprime dans ses composantes les plus directement opprimées: ouvriers chassés de leurs usines, émigrés privés des droits élémentaires, victimes d'un tremblement de terre particulièrement destructeur exploitées et trompées par les institutions qui devaient les protéger et les aider, Sud empoisonné par les déchets toxiques subrepticement enfouis dans ses sols, étudiants ayant connu pour seul horizon depuis l'enfance un monde d'illusions et de mensonges qui, de fait, les privait de l'idée même d'un futur qui leur appartienne.
Depuis quelque temps, le pouvoir du gouvernement de ce pays s'affaiblissait. Ceux qui étaient jusqu'alors les plus silencieux –les plus résignés même, semblait-il– organisaient des défilés pleins de vie, d'imagination et d'impatience, occupant les toits des usines, les tours et, dans dix-huit villes, les monuments (avec le respect qu'auraient mérité aussi Pompéi ou le Colisée). “ (…)
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