Emmanuel Filhol

“Après Furetière, dont le Dictionnaire universel (1690), véritable matrice dans le champ du discours lexicographique, témoigne d’un regard ambivalent sur la Bohémienne - mélange de formulation positive et de jugements négatifs rapportés - qui reflète en partie l’accueil bienveillant réservé en France aux " Egyptiennes " jusqu’à la seconde moitié du XVIIe siècle, les dictionnaires des deux siècles suivants s’emploient surtout à noircir la femme tsigane. Celle-ci, à travers son art de la danse, l’évocation de sa beauté, troublante et mystérieuse, ses manières libres, son don de prédire l’avenir, est désormais assimilée à une figure démoniaque, la Bohémienne voleuse se présentant sous les traits d’une ensorceleuse et d’une prostituée. Autrement dit, l’image inversée, comme objet de mépris mais aussi d’attirance ambiguë, du modèle féminin prôné par l’Eglise, la morale bourgeoise et les valeurs de l’idéologie républicaine.”